le poème
m’apprend
la lente
traversée
des caravelles,
cet espace
vaste,
peuplé
des confessions
des mouettes
entre nous deux,
la mer frileuse
qui perd
son horizon
dans la marge
transparente
des nuages
déjà l’été,
la nuit s’attarde
derrière
le barrage
incandescent
des étoiles
mon refuge,
mon havre
il n’y a plus rien
que ces ombres
fuyantes
qui meurent
sur l’asphalte chaud
du crépuscule
dans l’échange
clair-obscur
des heures,
un lampadaire
allume
une pluie soudaine
et ton absence
qui détourne
les nuages
avec leur cheveux
affolés d'orage
reste, la fête
vient de commencer
la lumière
non diluée
de l’aube
sur le parquet
laisse les belles
histoires
s’attacher
à nos yeux,
passerelles
vers le soleil
levant
nous allons
changer d’idée,
oublier les détails
(avec l’âme plus légère
que les paroles en l'air)
trébuchant dans
les chants des sirènes,
faire semblant
d'avoir usurper
la notion du temps
c’est comme ça
qu’on entre
un autre rythme
(à voix basse)
dans le jardin
délaissé,
rien n’est plus
visible
même pas le temps
qui annule
le paradoxe
permanent
de la vie
il n’y a
que le vent
qui ride à peine
la surface
de l’étang
et dérange
le nectar
trop doux
de la verveine
il n’y a
que le souffle
qui fait bouger
les poèmes
(jamais lus)
ils se plient
l’un sur l’autre
comme si de rien
n’était
lune de sept heures,
subjuguée
par l’impudente
imperfection
du poème
tu dis
que ce n’est que
de l’imagination
...mais pourquoi
« tout ou rien »?
au revoir à la fleur
d’hibiscus dessinée
au revers du miroir
sur ton front:
une monade élastique,
impensable
et pourtant,
il y a une fin
à toutes ces
tribulations
je suis le vent
qui sait lire
chaque pensée,
la douce chamade
des doutes
qui tournent
en spirale
dans les vieux tiroirs
on oublie les boutons
et les rubans
(de toutes tailles
et couleurs)
tandis que
le joyeux trouvère
à la veste déchirée
passe son chemin
à l’ombre fraîche
des fougères
j’ai bien rangé
les mots
en collision
avec les lieux
vacants de la nuit
amarrés au fond
du labyrinthe,
on prend appui
sur le sable
mouvant
j’ai tout laissé
dans la marge
de nos yeux
l’air calme
de l’aube
perce les volets
et tisse un voile
d’indulgence
(la tête ailleurs)
on goûte des confitures
la maison est là
où nous sommes
il m’était proche
le passage des couleurs,
le chemin de la tendresse
et l’écriture qui ouvre les yeux
le soir inondé
par les feux
irréversibles
de l’été
on marche
la poitrine
gonflée par
le parfum
des tilleuls,
nos ombres
collées
aux artères
en sens unique
de la ville
la rivière
zigzague
pleine de hâte
sous les couvertures
omniprésentes
du soleil
fruit noir
sans retenue,
humble chantier
de l’été
ça prend
tout un inventaire
des éternités
alignées
à l’ombre verte
des jardins
et puis après,
le timbre de ta voix
qui remet en ordre
l’asymétrie furtive
des pivoines
lune
(halo effiloché)
totem mirobolant
sous le fouillis
de la neige
il y a ces moments
qui nous guérissent
de l’envie de faire
toujours autre chose
(nos cœurs trépignent
d’impatience, figés
dans un futur
antérieur)
et sitôt
qu’on s’éloigne
des nuances tactiles
de la lumière,
le poème
se tient debout
tout seul,
les épaules en avant
comme la proue
des navires
la mer respire,
son souffle intime
chargé
des embruns,
sa chaleur tellurique
sur le sable ridé
de la marée basse
l’air imprégné
de cette pâleur dense,
c’était comme si
l’univers entier
était venu au baptême
des fleurs
(fruits naïfs déjà
à leur insu)
c’est une recherche
des liens
qui palpitent
dans une litanie
saccadée,
le présent
(aux grandes ailes)
s’insinue
dans l’agitation
accueillante
des mots
il neige
au mois de mai,
sous un grand soleil
écorché
parcelle
d'un quotidien
artificiellement aboli,
aujourd’hui s’achève
avec la grâce
de vos mots
ce matin
j’ai acheté des fleurs,
des orchidées
en couleur de la ville
(rouge sur fond blanc)
les tic-tacs
se promènent
dans l’espace du rêve
et du réveil
(les objets ont perdu
leur poids)
les arbres
ne dorment
jamais
leur frondaison
survivra aux caprices
alambiqués
de cet insubmersible
demain
on a mis de côté
les bottes lourdes et
les manteaux d'hiver
(maintenant
on attend les fleurs)
nous allons gaspiller
le safran
et la menthe odorante
dans nos bras
d’intempérance,
les jours se lézardent
en variations
sérieuses
c’était encore
la saison
des jardins fermés
le soleil joue
à cache-cache
derrière
l’effondrement
blanc, cadencé
des magnolias
je ne compte pas
ces jours
en débandade,
on attend
les nuits clémentes
de mai
elle est de
ce monde,
cette armada
des mots
qui déambulent
sur une terre
incertaine
pour désapprendre
à marcher
rien n’est
jamais pareil,
sinon ce peu
de couleur
et l’indissoluble lien
qui nous ressemble
et voilà,
qu’on attend toujours
la germination
importune
des mots
ils circulent
sur la terre noire,
perméable
comme les chenilles
dociles
en file indienne,
en hexamètres
évanescents
fin d’avril,
il n’y a rien
qui s'oppose
à ce printemps
insoumis
(irréconciliable syncope)
viens, je t’emmène
dans l’ombre camouflée
des algue sensuelles,
au ventre chaud
de la baleine
...et c'était
comme on pouvait
entendre
le clair écoulement
des oiseaux
en traversant la distance
amère des étoiles
il suffirait de trouver
quelques similitudes
entrelacées
dans un espace
sans temps,
une parenthèse
toujours ouverte
à l’épicentre
de l’enfance,
chaque instant
conserve
l’efflorescence
d’un nouveau trajet
on mesure
les distances
par l’outrage
de l’attente
il faut perdre
l’habitude
de déconstruire
les distances
(je m’évade
dans ma chambre,
ma coquille)
j’ai renoué
avec la tendresse
atemporelle du sable,
le déferlement
ininterrompu
des vagues
quel temps fait-il?
rien n’a changé
(je divague)
si vite on s’habitue
à ce printemps
expulsé du calendrier
des abeilles
à moitié gris,
à moitié rose,
le soir secoue
ses dernières lueurs
sur les échines aplaties
des nuages
derrière l’éclosion
exorbitante
des plaines,
la brume se lève
en arabesques
de fumée
(hébétée
par le soleil)
la forêt balance
ses jupons
de chlorophylle
dehors
le printemps
n’est déjà
qu’un vol fendu
des étourneaux,
un frisson de pluie
qui se consume
sur la courbe
diffuse
des collines
c’est vers toi
que je retourne
toujours,
lorsque les papillons
de nuit
font cercle
autour de la promesse
trépidante
de la lumière
la nuit se morcelle
dans les mailles
factices
de nos souvenirs
inutile de
déconstruire
la fraîcheur
indélébile
d’une robe
dans la lisse traversée
de l’air du matin
si j’oublie ton nom,
il restera toutes
ces phrases
laconiques
(des mots volatils
dans l’usure des ailes)
aujourd’hui,
c’est la plus belle journée
de ce mars furibond
qui file à sa perte
c’est parce que
je travaille
dans les coulisses
de l’invisible
je me souviens
presque chaque mot
contredit par
le froncement
de tes sourcils
descendre
(sans y penser)
à la machine
à saccager
les souvenirs
laisse-moi
entrer
dans l’au-delà
de ton regard
qui distille
la mer houleuse,
plus loin que
le barrage
gigantesque
de la Voie lactée,
dans cette région
anéantie
par la modulation
silencieuse
de la neige
hier, nous étions
à la périphérie immuable
de la parole
(il y avait de longs moments
de cassure)
tes yeux capitulent
devant l’austérité
effeuillée de l’hiver
fais-moi signe
(éclat fragile
de la mousse verte)
pour affronter
le vaste sanctuaire
de l’hiver hostile,
pour regagner
son cocon essentiel
de silence
nous avons connu
ces lunes fendues
par la détresse
des orages,
l’envie de départ
s’ouvre sur la mer
au large, une barque
mythique,
insulaire
(regarde-moi)
dépouillé de toute
mathématique,
tu plonges
entre les failles
suppliantes
des miroirs
où tous les matins
pagayeurs
vont s’éteindre
je suis le magicien
légitime
de cette débâcle
salvatrice
(je n’ose rien)
l’univers a gravé
son visage
dans le murmure
d’un autre ordre
c’est pourquoi
je m’attache
à ce fardeau
oisif, printanier
à la feinte
agonie des nuits
flâneuses
crions aux quatre
vents
enfant gâté
de l’aurore,
troubadour
de la désespérance
la lune glisse
au bout de
tes doigts
le vent
de l'ouest attise
la calligraphie
instable
de la neige
(seulement
ta voix)
pour attendrir
la démarche
subtile
de nos évidences
fuyantes
we must wait for daylight
pegged to your wing
we are in love
with the same words
(losing you
is out of the question)
pull your shoulders back,
like a dancer