Saturday, 2 November 2019

pluie de novembre

on est bien au chaud,
couverts par le son
calfeutré de la pluie
(interférence
qui grésille
et se cogne
sur la vitre)
ne dis rien,
on invente
ce continent
friable
sorti de la parole
disjointe


Thursday, 31 October 2019

toute trace des mots

le balancement
baroque
des feuilles
nous assaille
sans cesse

j’efface toute trace
des mots
dans les draps
esseulés
de l’automne



Monday, 28 October 2019

la rouille

dans son
papillonnement
des feuilles
à mille pendules
meurtrières,
l’automne descend
sur nous
entre la nudité
éblouie
de la rouille
et le chuchotement
valsant du vent



Tuesday, 22 October 2019

ludus

j’habite
le verbe fragile
(matière première
d’un pays
blanc, innommé)

je guette
la naissance
naïve
des nuages
pour déjouer
le prochain
mouvement
d’un métronome
au bras maigre,
décalé


Saturday, 12 October 2019

Orphée

oui, il savait 
la formule 
magique,
cet amalgame 
d’harmonies
et nuances 

assis à la table 
il sourit,
celui qui lit 
dans les étoiles
le fil rouge,
le paradigme 
de la joie 
promise



Sunday, 6 October 2019

tempus fugit

là, où le soleil se mêle 
au grattement 
des feuilles 
durcies 
par les givres 
d’octobre 

plus loin,
la lisière
se déchire
au rythme
du vent


Thursday, 3 October 2019

ars moriendi

elle nourrit 
les rêves et
les petits moineaux 
avec des miettes 
de pain 
elle est seule,
insoupçonnée,
la fée aux pieds nus, 
elle fait abattre 
l’échafaudage en
rouge vermillon 
de l’automne 


Saturday, 28 September 2019

les clefs du ciel

est-ce que tu penses
que cet arbre
ressemble
aux clefs
du débordement
luxuriant
du ciel ?


Friday, 27 September 2019

mi-chemin

tu n’es plus
toi,
je suis
le vers blanc
cet après-midi
de juin,
il y a longtemps,
on a marché
ensemble
(comme toujours)
même mi-chemin


---


you're no longer
you,
I am
the white verse
this afternoon
in June,
long ago,
we walked
together
(like always)
even halfway



Monday, 23 September 2019

la nuit des milongas

toi, qui vit
dans une autre
dimension
(paper girl)
la façon
dont tu
te tais,
impeccable
mensonge
qui tourne en rond
dans la nuit des
milongas


Tuesday, 17 September 2019

mon arbre

tu me parles
le langage
du vent

je te questionne
sur les barrières
invisibles
de la pluie

toi, mon arbre
reste éternel
une absence,
une volée
des oiseaux
blancs


Saturday, 14 September 2019

le paradoxe

l’heure désarticulée
et violente bat
avec ses ailes
géantes

(mon amour,
le temps ne saccage
absolument rien)

aide-moi à retracer
le paradoxe
submergé
sous la page
blanche

---

l'ora desarticolata
e violenta batte
con le sue ali
giganti

(amore mio,
il tempo non distrugge
assolutamente niente)

aiutami a rintracciare
il paradosso
sommerso
sotto la pagina
bianca

---

la hora desarticulada
y violenta late
con sus alas
gigantes

(mi amor,
el tiempo no destruye
absolutamente nada)

ayúdame a rastrear
la paradoja sumergida
debajo de la página
en blanco





Friday, 13 September 2019

da capo

je suis toujours
un petit pas
en arrière
mes pensées
font du rattrapage
à une vitesse
insoutenable

retourne-toi
et laisse-nous
avec nos corps,
la prise
de conscience
et le poids
de nos mots
en majuscules


Thursday, 5 September 2019

je reste

je reste 
avec vous
le sang, 
les mots 
tendres 

il m’embrasse,
il me brûle 
les yeux 
il pleure 
dedans 
la circonférence 
des syllabes 



Sunday, 1 September 2019

septembre

tout est là
pour célébrer
les heures ornées
et le frêle
mouvement
du soleil
en septembre

et après tout,
comment discerner
la déraison
aveuglante
des fruits
de la chair
transparente
des collines


Tuesday, 27 August 2019

et cætera

n’aie pas peur
là-haut
on respire
l’air raréfié
d’un alphabet
obscur,
parmi les séraphins
prisonniers
de la douceur
volatile
des mots


Sunday, 25 August 2019

Ophelia

l’impatience
de la parole
me brûle
les yeux
tu m’apprends
à tout perdre
dans l’étreinte
qui triche
il n’y aura que
les réponses,
les pâquerettes
et les myosotis
détournés
dans les alluvions
du rêve


Wednesday, 21 August 2019

chaque mot

chaque mot
je le porte
en moi
(un fauve
languissant
en sourdine)

il s’est endormi
il y a mille ans,
le principe
lumineux
dont on fait
les poèmes




Sunday, 18 August 2019

ici finit le soir

ici finit le soir
sur les improvisations
d’un ciel orageux

assis, au bout du quai,
nos jambes
se balancent
à la musique
des grillons
bruyants

on est bien loin,
tu me parles
la langue oubliée
des silences



Friday, 16 August 2019

la dégringolade des mots

je ne comprends plus
la dégringolade
des mots,
mirage
d'une paix
incertaine

chaque matin,
l'automne
commence
à ronger
le bord des feuilles


Monday, 5 August 2019

l’ombre des mots

depuis des jours
je traîne dans
l’ombre des mots
et je me repose
dans la discorde
chaotique
des nuages
la nuit,
je ramasse
les confettis
de la pleine lune
et je chante
pour m’endormir
parmi les pierres
polies du désert



Saturday, 3 August 2019

la peau du poème

... et pourtant
chaque séquence
de ton écho
est une faible
blessure
dans la peau
du poème


Thursday, 1 August 2019

les fruits du hasard

tout est faux
dans ce labyrinthe
émietté,
il n’y a que
nos mots
imprégnés
par l’odeur
du papier
(les fruits
du hasard,
les sorties
de secours)
avant de s’éteindre
la parole
se dissimule
sur les chemins
du vent


Sunday, 28 July 2019

la maison

à mon grand-père

il est toujours là,
son accordéon
élégiaque et
joyeux à la fois
...
sa voix un peu tremblante
mais encore jeune
en racontant
les histoires de guerre
avec ses camarades
qui buvaient de l’eau
de pluie dans les traces
des sabots de cheval
...
ses yeux scintillants
qui me manquent
dans la maison
en brique
ocre foncé


Saturday, 27 July 2019

la fougue des nuages

(presque inaperçu)
le vent s’est arrêté
derrière les franges
des arbres noirs

sur la terrasse du ciel,
j’apprivoise
l’attendrissement du bleu
et la négation des formes

la fougue des nuages
accrochés aux filets
du silence

Photo par Jean-François Agostini
Extrait du livre Étais, 36 poètes avec les photographies de Jean-François Agostini,
Les Presses littéraires.


Monday, 15 July 2019

carte postale

plus tard
encore,
le cœur gros, 
j’aurais quitté 
une moitié 
de fenêtre, 
le lierre qui 
s’accroche
aux murs 
une euphorie 
qui remonte 
à la source 
de la nuit 
enchanteresse 
en robe 
de rosée 


Sunday, 30 June 2019

(molto vivace)

les lanières
de brume
se dissipent
lentement
derrière les écrans
d’anthracite
de l’aube
Perséphone,
ton cœur d’été
me réclame
dans ce délire
souterrain
à l’ombre
ondoyante
des herbes
hautes


Friday, 28 June 2019

conte-moi

l’été s’est fait
trop attendre
errant au
pôle Nord
magnétique
conteur nonchalant
conte-moi
ce lieu
insouciant
(les poumons
gonflés de
l’air salé)
les cris des
goélands et
les vagues
balbutiantes
en sourdine



Monday, 17 June 2019

ton passage

ton passage
sera somptueux,
comme la discrète
pression
du vapeur

(incognito
dans un pays
peu voyagé)

on embrasse
les semelles
du rêve,
dresseurs
des silences



Wednesday, 12 June 2019

séparation

je contemple
les mots
dépourvus
de tous feux
d’artifices
tu m’apprends
leur racine carrée
allongés
sur les galets
bruns et gris,
mes os s’érigent
en humbles disciples
des nuages


Saturday, 8 June 2019

pèlerins de l’orage

l’été laisse
dépérir
sa torpeur
au seuil
de la porte,
ton front
changeant
sur quelques rimes
impaires
(fruits d’une
autre rive)
pèlerins
de l’orage


Wednesday, 5 June 2019

peu importe

on oublie
un moment
la césure,
les mains vides
seuls comptent
la simplicité
et le trésor caché
dans l’oscillation
de la pierre
(peu importe
la fatigue)
nous sommes
le double
d’un ange
déchu


Friday, 31 May 2019

la mer

on a tant regardé
la mer
affamés de sa force,
égaux à nous-mêmes

je garde pour moi,
le poème
qui hisse la voile
par-dessus
le tango
tourbillonnant
des vagues

Tuesday, 28 May 2019

liens invisibles

c'est où
la frontière
entre les cyclones
clandestins
de l’été ?

j’efface les traces
de tout passage
et je te cache
au-dedans
des signes vitaux,
dans le centre
très doux
des raisins noirs



Saturday, 25 May 2019

la voix des amoureux

il n’y a pas
de raison
pour ce vacarme
impardonnable
(axiome d’innocence)
la voix des amoureux
qui s’éloignent
en écorchant
le sens de la tendre
voyelle,
demi-dieux, ils sont
éternellement
solitaires



Sunday, 19 May 2019

l'engrenage du rêve

ces jours
sont partis,
tu te rappelles
à peine le mantra
des eaux
stagnantes
et l’engrenage
copié-collé
du rêve

donne-moi
le vert clair
et la peau suave
des feuilles
avec leurs
dents de lumière



Sunday, 12 May 2019

rêve unique

il vient de toi
ce rêve unique,
la plus rare
hypocrisie
des formes

le moment vrai
qui nous épargne
de la morsure
d'ancre
au fond des mers
infranchissables


Wednesday, 8 May 2019

mai

les arbres
viennent de sortir
leurs feuilles
nouvelles
réjouis-toi !
âme sans
repos
pour alléger
le poids
des pétales
je te pousse
vers les étoiles
livides
et je te tire
de la sarabande
de nos mots
collés,
indivisibles



Tuesday, 30 April 2019

chaque regard

seuls les papillons
dans la forêt
nue, le ruisseau
sinueux mord
les racines
des saules
pleureurs


tes yeux secrètement
parsèment
des lunes
surexposées
vagabondes
(chaque regard
est une séparation)


Sunday, 14 April 2019

on a vu la nuit

on a vu la nuit
offerte aux courants
contraires
quand les feuilles
empruntent les couleurs
de la terre,
quand les langues
des anges
s'affolent et
persévèrent synchrones
ce moment même,
les paroles
m'appartiennent
figées,
recommencées



Monday, 1 April 2019

tes mots

sur les allées
du vieux parc

les branches sont
à l’écoute du temps
et le pavé est ivre
de vols
des colombes
qui viennent d’atterrir
à nos pieds

tes mots, blancs
émissaires d’attente
et de floraison



Sunday, 31 March 2019

la gelée

chaque printemps
j’ai peur pour
les bourgeons
arrivés trop tôt,
surpris par la double

gelée des nuits

tu me dis, les mots
se meurent aussi, noyés
par les cumulonimbus
alourdis et dissous
dans les gris



Friday, 29 March 2019

définition

un fil tendu
(contre l’expansion
inguérissable
du non-retour)
pour éluder
la syntaxe
hallucinante
de nos langues
cousues


Saturday, 23 March 2019

l’existence des mots

l’existence des mots
fait son lit
aux portes
d’alpha et oméga

et moi, je prie
pour l’amour
des mains aveugles,
pour le serpent,
indubitable
exacerbation
de la bouche
qui dévore


art by ivica podnar

Tuesday, 19 March 2019

le premier chant d'oiseau

il arrive un jour
quand on tombe
amoureux
du premier chant
d’oiseau
malgré les caresses
vitreuses de la neige
(semences jumelles)
derrière les masques
liquéfiés de l’hiver


Monday, 18 March 2019

il faisait la fête

la pureté
submergée
des champs violets
s’ouvre dans
ma mémoire

il faisait la fête
sous les guirlandes
de lumière
d’un autre temps

le vent vient
juste de s’apaiser,
otage ahuri
des orties
mélodieuses


Saturday, 2 March 2019

λόγος

alors, lis pour moi !
l’irrésistible pulsation
des voyelles,
la phrase pliée
aux orbites
des comètes


lis pour moi
jusqu'au lever du soleil
quand la lumière
devient plus réelle
que l’eau salée
de l’oubli



Sunday, 24 February 2019

l'axe du monde

ils voyagent
vers l’axe du monde
au bord d’une
montgolfière

ils frôlent
l’alphabet sidéral
(enveloppés d’une
métaphore)

ils avalent
leur peur
calmes,
entièrement
méconnaissables


Monday, 18 February 2019

il est de l'air

il est de l’air,
il rit et il pleure
dans les entrailles
miraculeuses
du silence

le poème,
douce agitation
d’un vol
défeuillé



Monday, 11 February 2019

l'oiseau endormi

(a war goes on
between us)

j’additionne
la survie
avec les racines
de l’habitude
et l’archange
du désir
avec l’effroi
insondable
des miroirs

je cours
à la rencontre
d’un oiseau endormi