Wednesday, 31 March 2021

la montagne

nous serons seuls
à chérir
cette petite montagne
pas plus haute
que l’ombre
des anémones

ce nombril
presque invisible
qui domine
la demeure blanche
des dieux

nous serons seuls
à gravir cette pente
précise
et surpasser
l’axe solitaire
du monde



Sunday, 28 March 2021

les rumeurs du printemps

nous partirons
de l’aube,
la musique
de nos pas
atténuera
le froid des nuits
perfides en mars

la lune est
une corolle
qui enfante
les rumeurs
du printemps
(sédiments
sur la ligne de vie)



Friday, 26 March 2021

ex nihilo

une montagne
s’est levée
devant nous

comme un déclic
dans le silence
des fleurs,
le printemps
sort de nulle part
avec ses averses
très probables

dans le brouillard,
un jeune oiseau
apprend à chanter



Sunday, 21 March 2021

tout commence

pourquoi la fin
alors que tout commence
tout simplement
avec cet hamamélis
rouge en fleur

le printemps
se répand
dans la paresse
des débris
qui nourrissent
à nouveau
les arbres



Sunday, 14 March 2021

è pericoloso sporgersi

tout commence
avec ce trait
de lumière,
ce train
sous le martèlement
de la pluie
en mars,
dans une gare
où seulement les fleurs
de cosmos
s’épanouissent,
danseuses flexibles
du vent



Saturday, 13 March 2021

anticipation

comment s'approcher
de la permanence
du cercle ?

le gong initial
des saisons
fait battre mon coeur
(lève-toi !)
sous le treillis
de nouvelles feuilles
la beauté me sourit
et ressaisit
mon âme désuète



Friday, 12 March 2021

les poèmes à haute voix

fin d’hiver,
ce vieux colporteur
de neige qui fond
et ruisselle

(plus rien à dire,
sinon les poèmes
à haute voix)

la rue, en mars, est
un brillant rayon
de miel



Sunday, 7 March 2021

la lune d'hiver

la lune d’hiver
glisse au fond
des miroirs
on ne s’approche
pas trop
de ses rayons
qui donnent vie
aux mirages
ternis de la nuit





Friday, 5 March 2021

l’amitié instable des mots

pas la peine
de comprendre
ce oui
inconditionnel
de l’amour

tant qu’on s’aime
on suit
la trace brillante
d’un escargot
et l’amitié
instable des mots



Saturday, 27 February 2021

le grand dégel

naïvement, j’attends
les missives
de ce printemps
à temps partiel

au dedans
de la pierre,
le e muet
de la pluie

au dessus
des arbres désarmés,
un pont des ailes
toutes nouvelles



Monday, 22 February 2021

les gardiens du printemps

il n’y a rien à craindre
ni le sel des mots
ni la mer qui roule
dans l’œil innocent
d’un poisson lune

nous voilà,
les gardiens
du vieux phare
(sans perdre le Nord)
ivres d’un élixir 
nouveau de printemps,
naufragés au cap
de Bonne Espérance



Saturday, 20 February 2021

juste écrire

juste écrire,
franchir le joyeux
brouhaha des jours
(avec d’infinies
précautions)
surmonter
un dilemme
à la fois

juste écrire,
trouver asile dans
la dichotomie
artificielle
des mots



Saturday, 13 February 2021

hibernation

le printemps
n’est jamais loin

j’écoute
en moi les chants
des arbres
en hibernation
avec leur écorce
érodée par le froid

ces arbres
sacro-saints
aux oiseaux pieux,
déboussolés
par notre désir
de s’approprier
les nuages



Sunday, 7 February 2021

exil hivernal

nous voilà, à nouveau
en plein exil
hivernal
dedans le blême
périmètre du bonheur
(on s’est déjà
trompé sur
l’idée fixe
du temps arrêté)

au printemps,
je ne connais pas
un meilleur endroit
que la mise-en-scène
des jardins
pour brider
le trop-plein
des pétales et
couleurs



Saturday, 30 January 2021

le S.O.S. des nuages

tout va bien,
les mots s’enfilent
dans une boucle
infinie sans en
avoir l’air

je passe mon temps
en lisant entre
les lignes
à haute tension
le muet S.O.S.
des nuages
qui s’amenuisent
lentement
dans le vent



Monday, 25 January 2021

porte-bonheur

ces derniers jours,
le temps se condense
dans des strates
de mystère
d’un ciel gris
hachuré par la pluie

et d’ailleurs c’est vrai
que la ville nous sourit
et nous fait un clin d’œil
avec ses flaques
porte-bonheur



Wednesday, 20 January 2021

la routine des vagues

on répète
les mêmes mots
pour apprendre
la haute intonation
des cris des goélands,
pour récupérer
la routine des vagues
qui ferment
depuis toujours
le grand œil
de la mer



Friday, 15 January 2021

lettre morte

dans la douce inflexion
de la neige
l'exigence sans relâche
de tes mots

lettre morte,
un feu somptueux
qui tient



Thursday, 7 January 2021

les facettes de la nuit

il y a toujours
une traversée
de silence
dans un regard
partagé

on est ici
pour approfondir
toutes les facettes
bleues de la nuit,
les souvenirs fugaces
d’un temps simple
qui se passe de mots




Friday, 1 January 2021

cette année

cette année,
ne prête pas l’oreille
aux lamentations
d’un siècle
impuissant

j’affronterai janvier
comme les tiges sèches
du rudbeckia sauvage

avril c’est juste
une pause
entre l’éclair
et le tonnerre

en juillet, le champ
des tournesols
sera mon horloge

et il serait merveilleux
de faire une halte
dans un éternel
septembre



Monday, 28 December 2020

quand

quand avons-nous
commencé
à placer nos
propres limites
dans l’aspiration
d'un avant-mot
et à sentir l’usure
des larmes
aigue-marines ?

quand avons-nous
commencé
à discerner
méticuleusement
la sourde énumération
de l’alphabet
de l’âme ?




Thursday, 24 December 2020

Ulysse

...et toutes ces années
pour oublier
le son distordu
des vagues
et décanter
ce désir lapidaire
dans les yeux
des Sirènes

tu pourras
ensuite défaire
la grave exactitude
des causes et
des effets
et retrouver les mots
qui collent au refuge
des îles



Sunday, 20 December 2020

tôt ou tard

fin de décembre,
les vitrines se reflètent
en mille fragments brillants
dans la neige salie
par les passants
pressés

tôt ou tard,
nous ne ferons plus
attention à la maladie
des sentiments
(remplis d’une joie
nouvelle)
on respire l’air
froid et humide,
en remontant
la même rue
en pente douce





Saturday, 12 December 2020

décembre

il suffirait
d'un battement d'aile
pour gommer
l’odeur accueillante 
de la pluie

décembre
se précipite
chaque année
(calme dénouement)
jusqu’à ce que
tu ne puisses plus
supporter la présence
frugale du bonheur





les ombres de la lune

envoie-moi
des lettres
sans adresse
(de petits bateaux
qui s’envolent
dans un clapotis
de marée haute)

ils traverseront
patiemment
les fuseaux horaires
en s’accrochant
aux ombres calcinées
de la lune



Friday, 11 December 2020

la mémoire de la neige

(sans aucune
arrière-pensée)
je m’attache
à la parole
rejetée,
pauvre relique
des histoires
qui se nichent
comme les empreintes
de nos pas
dans la mémoire
de la neige




Saturday, 5 December 2020

amaryllis

amaryllis rouge
dans la fenêtre
(dieux jaloux
de nos vêtements
souriants)
tu viens
libre de toute 
lassitude,
nos histoires
nourriront
les retrouvailles
d’un printemps
utopique



Monday, 30 November 2020

pacte de silence

sans que personne 
ne le sache
on signe un pacte
de silence
(coincés entre
l’écorce des arbres)
comme de grandes pendules
sonores, des balançoires
pour les oiseaux
querelleurs



étourderie hivernale

on se prend
maintes fois
pour ces belles créatures
en formation guerrière
dans la masse des nuages
le vent les disperse
en haillons blancs
de passage



Wednesday, 25 November 2020

les couvertures de la neige

il n'y a rien pour se défendre
contre la stupeur fulgurante
de l'hiver

les feuilles s'endorment
maintenant,
tout recroquevillées
sous les couvertures
transparentes
de la neige





Saturday, 21 November 2020

fin de novembre

le froid
ne tardera pas,
bientôt on va abjurer
tout ce qu’on sait déjà
pour laisser place
aux couches
des feuilles apatrides
et à la désolation
ésotérique de la neige



Tuesday, 17 November 2020

hors-saison

novembre,
avec ses pluies
désemparées
et l’odeur du
pain chaud
à chaque coin
brisé de rue

sur le macadam,
reverdie hors-saison,
une tapisserie
d’aiguilles de pins
amortit
le bruit de nos pas



Sunday, 15 November 2020

le temps de le dire

elle se porte
encore bien,
la feuille en robe
de juliette dormante

le temps de le dire,
elle s'est rétrécie
dans une étoile



Saturday, 7 November 2020

le vent d’été

un vent clément
d’été s’attarde
en novembre,
il balaie les nids
vides
des oiseaux

une insurrection
des feuilles par terre
qui portent toujours
le soleil
dans leur dos



Thursday, 5 November 2020

la première neige

neige au début
de novembre,
les feuilles
flottent encore comme
de petits oiseaux légers

—

early November
snow,
leaves
still float like small
weightless birds



Saturday, 31 October 2020

fin d'octobre

d’un seul coup,
il n’y a plus de règles
que la ponctuation
sautillante du vent
et la forêt
dans l’ouvert
décortiquée
en paillettes
luminescentes



Tuesday, 27 October 2020

tout commence

tout commence
dans la longue
et stoïque attente
hivernale

(tout ira bien)
par bonheur, on garde
notre sang-froid,
malgré le chaos
des brumes qui précèdent
les pirouettes murmurantes
des feuilles



Sunday, 18 October 2020

au pays du nord

au pays du nord,
la lune
tâtonne la nuit
avec ses dents
de froid
prête a mordre,
comme un grand
papier buvard
maculé de l'encre
brillante



Saturday, 17 October 2020

les fanfares de l'aube

prête-moi
la légèreté
des feuilles
qui font la roue
autour du soleil

aux fanfares
de l’aube, 
chaque chute
est une histoire
d’un astre
migrateur



Sunday, 11 October 2020

l'or des nomades

un dernier bercement
trahi par le vent

la rivière reçoit
une forêt entière
trempée dans l’or
des nomades



Friday, 9 October 2020

juste hier

il n’y a pas
de retour
en arrière
le vent menace
la forêt
et traverse
la tranquillité
des couleurs
juste hier,
le vert et le jaune
coexistaient encore
nous sommes prêts
pour le requiem
de l’automne





Thursday, 1 October 2020

l'arbre reste

le soleil est descendu
dans les nervures
des feuilles

l'arbre reste
avec le désir incorrigible
de démentir leur chute,
quintessence
de silence empilé
à nos pieds



Saturday, 26 September 2020

les Sirènes

je n’écris que pour
l’incantation syllabique
des Sirènes

comme la mer
(sans le moindre
effort)
son corps
nourrit les falaises

je n’écris que pour
la symbiose
entre les mots
et les rêves



Tuesday, 22 September 2020

il reste l'arbre

tout est joué
d’avance
pour les feuilles
qui tombent
pêle-mêle
en couches
de silence
il reste l’arbre
vermoulu d’espoir
dans sa verticalité
ingrate





Sunday, 20 September 2020

plus que jamais

plus que jamais
son cœur battait
en tandem
avec les ailes
des oies sauvages

elles survolent
les joncs
pas encore décidées
d’y rester
pour l’hiver



Friday, 11 September 2020

le poème

le poème n'est pas fait
pour être lu
il est fait pour être
pris par la main
cette nouvelle syntaxe
s'envole
comme les oiseaux
qui ne peuvent plus cacher
leurs chansons
dans les arbres nus
de l'automne

---

the poem is not made
to be read
it is made to be
taken by the hand
this new syntax
takes off
like the birds
that cannot hide
their songs
in the bare trees
of autumn



Wednesday, 9 September 2020

cet automne

il n'y a pas de pommes
dans le jardin
cet automne,
leur parfum restera
encapsulé dans
les premières boules
de neige





Tuesday, 8 September 2020

first day of autumn

first day of autumn,
we'll hibernate
under white, soft covers
our second home



Monday, 7 September 2020

le vieux pêcheur

le vieux pêcheur
de feuilles,
extasié devant
la lune criarde
(ses doigts peignent
les branches dénudées
de l'automne)

le vieux pêcheur
de feuilles,
minces
corps volants
mélangés
à la tristesse
indiscernable
des oiseaux indécis



Friday, 4 September 2020

ma maison

ma maison
est dans les mots
creux et
dans l’aller-retour
des ombres
difformes

tiens,
il fait déjà noir
une lampe
à moitié allumée
pour éclaircir
les vases communicants
de nos rêves