il y a surtout
cette lumière bleue
qui les rend verticales
(les feuilles ne font que passer
dans cet espace
interstitiel)
plus tard,
elles amèneront
la lune
dans leur barque
fin de l’été,
le vent décoiffe
les tourbillons
des fontaines
je voudrais
m’en aller avec toi,
occuper
les hauteurs
des oiseaux
qui se laissent
porter par le vent
est-ce que
être est
comprendre ?
ton regard
contrarié
assombrit
et tourne la mer
d’une couleur
indigo
chaque soir,
il y a une invasion
des battements
des ailes
ponctuelles
qui cherchent
les coupoles vertes
et la douce clavicule
des arbres
loin de l’odeur
de terre brûlée
par les feux
sauvages de juillet
ils vont de concert,
les mots en argile
craquelée
et les fleurs
d'un seul jour
d'un air absent,
ils sont plus patients
que les astres
clignotants
qui persévèrent
dans les lacunes
célestes
de la nuit
nous avons
glissé
nos maigres amours
sous la porte,
au-delà des yeux
condescendants
de la nuit
étrangers
l’un à l’autre
on prend un train
sans horaire précis
(les herbes folles
ont poussé
entre les rails)
ne lâche pas
la main !
voleur
des distances
tout est
à sa place
dans le ravissement
de l’espace
même le vent qui lève
la poussière stellaire
et trouble la paix
des lunes exilées
dans l’écoulement
sage et rectiligne
de la nuit
lune tronquée
avant l'orage,
les éclaires
déchirent
la nuit haletante,
lourde de chaleur
au point du jour,
sur l'autre versant
de la montagne
la pluie a laissé
une trace de fraîcheur
provisoire
allongés par terre
sous la grande
lucarne,
chaque mot
façonné par
la complicité
séduisante
de cette pluie
oblique
qui se moque
de nous
avec ses mille
cartes de nuages
si on pouvait
créer un espace
de coupure
sous les vagues,
la mer répète
par cœur
ses intervalles
entremêlés
un refrain
monotone
comme un trait
d’union entre l’eau
et la terre
d’abord un thé
au sucre et
à la cannelle,
après les mots
qui tombent
toujours
à leur place
(si tu étais ici
toi qui refuse
d’y croire
dans le court-circuit
des hymnes
polyphones)
l’autre jour,
quelqu’un a écrit
sur le trottoir
avec de la craie
multicolore
« rain is never
wrong »
tu dois
laisser partir
le croissant de lune
il faut oublier
les histoires
cachées dans
l’après
de tes gestes
qui séparent
le sens
(essentiel
et précis)
du verbe
le poème
m’apprend
la lente
traversée
des caravelles,
cet espace
vaste,
peuplé
des confessions
des mouettes
entre nous deux,
la mer frileuse
qui perd
son horizon
dans la marge
transparente
des nuages
déjà l’été,
la nuit s’attarde
derrière
le barrage
incandescent
des étoiles
mon refuge,
mon havre
il n’y a plus rien
que ces ombres
fuyantes
qui meurent
sur l’asphalte chaud
du crépuscule
dans l’échange
clair-obscur
des heures,
un lampadaire
allume
une pluie soudaine
et ton absence
qui détourne
les nuages
avec leur cheveux
affolés d'orage
reste, la fête
vient de commencer
la lumière
non diluée
de l’aube
sur le parquet
laisse les belles
histoires
s’attacher
à nos yeux,
passerelles
vers le soleil
levant
nous allons
changer d’idée,
oublier les détails
(avec l’âme plus légère
que les paroles en l'air)
trébuchant dans
les chants des sirènes,
faire semblant
d'avoir usurper
la notion du temps
c’est comme ça
qu’on entre
un autre rythme
(à voix basse)
dans le jardin
délaissé,
rien n’est plus
visible
même pas le temps
qui annule
le paradoxe
permanent
de la vie
il n’y a
que le vent
qui ride à peine
la surface
de l’étang
et dérange
le nectar
trop doux
de la verveine
il n’y a
que le souffle
qui fait bouger
les poèmes
(jamais lus)
ils se plient
l’un sur l’autre
comme si de rien
n’était
lune de sept heures,
subjuguée
par l’impudente
imperfection
du poème
tu dis
que ce n’est que
de l’imagination
...mais pourquoi
« tout ou rien »?
au revoir à la fleur
d’hibiscus dessinée
au revers du miroir
sur ton front:
une monade élastique,
impensable
et pourtant,
il y a une fin
à toutes ces
tribulations
je suis le vent
qui sait lire
chaque pensée,
la douce chamade
des doutes
qui tournent
en spirale
dans les vieux tiroirs
on oublie les boutons
et les rubans
(de toutes tailles
et couleurs)
tandis que
le joyeux trouvère
à la veste déchirée
passe son chemin
à l’ombre fraîche
des fougères
j’ai bien rangé
les mots
en collision
avec les lieux
vacants de la nuit
amarrés au fond
du labyrinthe,
on prend appui
sur le sable
mouvant
j’ai tout laissé
dans la marge
de nos yeux
l’air calme
de l’aube
perce les volets
et tisse un voile
d’indulgence
(la tête ailleurs)
on goûte des confitures
la maison est là
où nous sommes
il m’était proche
le passage des couleurs,
le chemin de la tendresse
et l’écriture qui ouvre les yeux
le soir inondé
par les feux
irréversibles
de l’été
on marche
la poitrine
gonflée par
le parfum
des tilleuls,
nos ombres
collées
aux artères
en sens unique
de la ville
la rivière
zigzague
pleine de hâte
sous les couvertures
omniprésentes
du soleil
fruit noir
sans retenue,
humble chantier
de l’été
ça prend
tout un inventaire
des éternités
alignées
à l’ombre verte
des jardins
et puis après,
le timbre de ta voix
qui remet en ordre
l’asymétrie furtive
des pivoines
lune
(halo effiloché)
totem mirobolant
sous le fouillis
de la neige
il y a ces moments
qui nous guérissent
de l’envie de faire
toujours autre chose
(nos cœurs trépignent
d’impatience, figés
dans un futur
antérieur)
et sitôt
qu’on s’éloigne
des nuances tactiles
de la lumière,
le poème
se tient debout
tout seul,
les épaules en avant
comme la proue
des navires
la mer respire,
son souffle intime
chargé
des embruns,
sa chaleur tellurique
sur le sable ridé
de la marée basse
l’air imprégné
de cette pâleur dense,
c’était comme si
l’univers entier
était venu au baptême
des fleurs
(fruits naïfs déjà
à leur insu)
c’est une recherche
des liens
qui palpitent
dans une litanie
saccadée,
le présent
(aux grandes ailes)
s’insinue
dans l’agitation
accueillante
des mots
il neige
au mois de mai,
sous un grand soleil
écorché
parcelle
d'un quotidien
artificiellement aboli,
aujourd’hui s’achève
avec la grâce
de vos mots
ce matin
j’ai acheté des fleurs,
des orchidées
en couleur de la ville
(rouge sur fond blanc)
les tic-tacs
se promènent
dans l’espace du rêve
et du réveil
(les objets ont perdu
leur poids)
les arbres
ne dorment
jamais
leur frondaison
survivra aux caprices
alambiqués
de cet insubmersible
demain
on a mis de côté
les bottes lourdes et
les manteaux d'hiver
(maintenant
on attend les fleurs)
nous allons gaspiller
le safran
et la menthe odorante
dans nos bras
d’intempérance,
les jours se lézardent
en variations
sérieuses
c’était encore
la saison
des jardins fermés
le soleil joue
à cache-cache
derrière
l’effondrement
blanc, cadencé
des magnolias
je ne compte pas
ces jours
en débandade,
on attend
les nuits clémentes
de mai
elle est de
ce monde,
cette armada
des mots
qui déambulent
sur une terre
incertaine
pour désapprendre
à marcher
rien n’est
jamais pareil,
sinon ce peu
de couleur
et l’indissoluble lien
qui nous ressemble
et voilà,
qu’on attend toujours
la germination
importune
des mots
ils circulent
sur la terre noire,
perméable
comme les chenilles
dociles
en file indienne,
en hexamètres
évanescents
fin d’avril,
il n’y a rien
qui s'oppose
à ce printemps
insoumis
(irréconciliable syncope)
viens, je t’emmène
dans l’ombre camouflée
des algue sensuelles,
au ventre chaud
de la baleine
...et c'était
comme on pouvait
entendre
le clair écoulement
des oiseaux
en traversant la distance
amère des étoiles
il suffirait de trouver
quelques similitudes
entrelacées
dans un espace
sans temps,
une parenthèse
toujours ouverte
à l’épicentre
de l’enfance,
chaque instant
conserve
l’efflorescence
d’un nouveau trajet
on mesure
les distances
par l’outrage
de l’attente
il faut perdre
l’habitude
de déconstruire
les distances
(je m’évade
dans ma chambre,
ma coquille)
j’ai renoué
avec la tendresse
atemporelle du sable,
le déferlement
ininterrompu
des vagues
quel temps fait-il?
rien n’a changé
(je divague)
si vite on s’habitue
à ce printemps
expulsé du calendrier
des abeilles
à moitié gris,
à moitié rose,
le soir secoue
ses dernières lueurs
sur les échines aplaties
des nuages
derrière l’éclosion
exorbitante
des plaines,
la brume se lève
en arabesques
de fumée
(hébétée
par le soleil)
la forêt balance
ses jupons
de chlorophylle