j’aimerais que ton insolence soit toujours neuve comme les choses qui tombent (sans douleur) on les retient dans les mots-regards (illisibles) dispersés dans la trace du vide
j'amasse des mots (jacinthes impérissables, échouées sur la ligne du froid) le temps d'un éclair je te tiens dans mes bras (poème privé du corps) séduit par l'habit droit du printemps
le matin, la lumière s'arrête au bord de ton visage (petit déjeuner aux abricots et café au lait) jusqu'à toi, il y a l'être des mots et le temps immobile avec ses doigts de silence
il y a sûrement certains mots sur lesquels tu t'attardes comme dans les gouttes fines de pluie, comme pour déshabiller les ombres barbares de l'amour qui se donne qui se prend
nous sommes seuls à réconcilier un autre langage chaque baiser a sa place dans la nostalgie de l'aube (répétition déraisonnable) qui se détache du monde
le soir a l'odeur des raisins, tu me racontes une histoire de nuages déguisés en squelettes de poissons qui voguent à pleines voiles (juste comme ça) vers le Babel intime des mots
dimanche épais de fruits brûlés et de fleurs qui se ferment sans hâte ...pareil à ces tours nous sommes deux *** la mer ce soir vaste errance qui nous rapproche peu à peu de notre double appartenance *** ... et puis on se laisse emportés par la rumeur circonspecte des vagues qui brise la grâce réveillée des mots *** la lune de novembre quitte l'horizon lourd des nuages chimère pulvérisée par notre faible changement du regard *** (sans se soucier) le rossignol nous confie le refuge fidèle de sa brève nuit
ceux qui se lèvent tôt connaissent le ciel blessé des chants (elle te va bien cette robe) une constellation hallucinante, l'aurore derrière les murs fins du froid
nos ombres coulent en même temps que la rivière presque en silence je m'appuie sur l'écoulement des ombres mais nous on reste toujours dans l'ombre de la rivière
dimension de lumière qui se conserve en elle-même (jamais si proche) il disait son amour au silence le plus intime des nuages et l'ordre impassible des mots