Thursday, 26 August 2021

fin de l'été

à la fin de l’été,
nous prenons
le même chemin
bruni par les petites
pommes sauvages
fermentées au soleil
(on hume leur odeur
aigre-douce)

et nous voilà
surpris par le vol
en zigzag des libellules,
chasseurs habiles du soir,
alors qu'elles s’élancent
dans une bravoure
précise et sanglante

---

at the end of the summer
we take the same path
browned by the small
crab apples
fermented in the sun
(we inhale their
sour-sweet odor)

and here we are
surprised by the flight
in zigzag of the dragonflies,
skilful hunters in the evening,
as they rush in precise
and bloody bravery



Saturday, 21 August 2021

lettre ouverte

elle titube
sans cesse
dans le malentendu
des phrases sans sujet
ou prédicat

et puis, d’un coup,
le reste vient
tout seul
déduit de quelques
morceaux de puzzle,
(créés l’un pour l’autre)

une lettre ouverte,
en connivence parfaite
avec la nudité
immodérée
des tubéreuses

---

she constantly staggers
in the confusion
of sentences
without subject
or predicate

and then, all of a sudden,
the rest comes by itself
drawn from
a few pieces of the puzzle,
(made for one another)

an open letter,
in perfect connivance
with the intemperate nudity
of tuberoses



Friday, 13 August 2021

autoportrait

par où commencer
cet autoportrait
calqué sur le désir
de permuter
les paroles ?

(laisse tout
pour demain)

ce soir, on monte
au plus haut point
de la colline
pour regarder
le contour flou
de la ville ensevelie
de chaleur,
avec ses grands bus
articulés et ses yeux
multicolores

---

where do you start
this self-portrait
modeled after the desire
to rearrange words?

(leave everything
for tomorrow)

tonight, we climb
to the highest point
of the hill to watch
the blurred outline
of the city buried
in heat,
with its large
articulated buses
and multicolored eyes



Sunday, 8 August 2021

chaque jour

chaque jour
je te trouve au bord
de ces pages
sans poids,
sur une île
baptisée d'après
de nombreux météorites
(matière morte,
quasiment égoïste
qui nous serre
le cœur)

personne n’est plus grand
que ses propres mots



every day
I find you at the edge
of these weightless
pages,
on an island named
after many meteorites
(dead matter,
quite selfish
that grips our hearts)

no one is bigger
than their own words



Monday, 2 August 2021

l’été avance

l’été avance
comme une araignée
d’eau qui arpente
la surface opaque
de l’étang,
dans le bruissement
des plantes
ombellifères
prises
par la brusque
froideur d’un nuage
qui passe
devant le soleil



Saturday, 31 July 2021

lune de coton

le ciel est
à l’intérieur de ces signes
inracontables,
dans la clameur
des tourterelles
sous les toits
et l’ascension d’une cloche
qui sonne
en lambeaux
de silence

écrire c’est
rompre avec
la terre ferme
comme le tremblement
d’une branche
après l’envol
d’un oiseau,
comme la lune
de coton
plus blanche
que le camphre



Saturday, 24 July 2021

quelques traces

je prie le vent
pour se faire guérir
de cette absence
qui brûle

un jour,
je devrais
me contenter
de laisser quelques
traces au sein
de ces histoires
fabriquées,
travesties de
silence


I pray to the wind
to be healed
of this burning absence

one day,
I should be happy
to leave a few traces
in these fabricated stories,
disguised in silence



Sunday, 18 July 2021

post scriptum

passe me voir
quand la lune
de basalte
fonce dans l’œil
vigilant de la nuit

(nous sommes
les enfants
privilégiés de l’été)

sur une île
affligée de silence,
on endure
et on apprend
lentement à oublier
toute controverse



come see me
when the basalt moon
glides info the watchful
eye of the night

(we are the privileged
children of summer)

on an island
afflicted with silence,
we endure and
slowly learn
to forget
all controversy



Thursday, 8 July 2021

toi et moi

je parle
de toi et moi,
des fêtes aux
brassées d’iris,
des songes volés
par des larmes
plus légères
que les averses
de juillet

—-

i talk
of you and me,
fiestas and
bouquets of irises,
dreams stolen
by tears
lighter than July's 
rain showers



Saturday, 3 July 2021

soliloque d’un soir de juillet

tout ce que je veux
c’est de rester quelques instants
à l’ombre dense
des branches 
encore lourdes
d’une pluie soudaine,
observer les mouches à feu
et puis accrocher
la pleine lune
au fil à plomb 
de la nuit



all that I want is to rest
a few moments
in the thick shade
of the branches
still heavy with sudden rain,
observe the fire flies
and then hang
the full moon
on to the plumb line
of the night



Saturday, 26 June 2021

de a à z

je suis au cœur
d’un précipice
de mémoire

les mots s’enfilent
(de a à z)
dans un algorithme
qui creuse
l’alternance
intraduisible
de la pluie

tu portes
les ombres
déchiquetées
de l’oubli



Sunday, 13 June 2021

le deuxième regard

je répète
les mêmes mots
que je dérobe
au chuchotis
de la source

c’est plutôt
le deuxième regard
pour déchiffrer
l’égarement indolent
des nuages
et comprendre
les dégâts profonds
des sèves
sur le torse
d’un vieux saule



Saturday, 12 June 2021

la maison

la maison s’éveille
avec la lumière
qui fait oblitérer
les rêves,
avec la brise
qui amène
les chants des merles
en accords mineurs

la vie se passe
derrière les volets
entrouverts
et dans le regard
espiègle
d’un enfant caché
sous la jupe
de sa mère



Saturday, 5 June 2021

bazar de mots

on ne s’excuse de rien
(coupés du monde)
on persiste dans
l’imposture
de ces blessures
fantômes
tout de même,
on défend
avec véhémence
tout un bazar de mots
pour gommer l’aspérité
d’un temps irréparable



Sunday, 30 May 2021

modus vivendi

été, allongés
sur la plage
on sent
l’odeur iodée
des algues

la mer émerge
aplatie par
de longues lésions
de lumière

ton regard surpris
semble avoir
une propension
certaine
au bonheur



Monday, 24 May 2021

le commencement de l'ombre

puisque la floraison
est le commencement
de l'ombre



soir d'été

soir d’été,
on respire
l’air scintillant
d’élytres et de pollen
et j’embrasse le dos
de ta main
qui hésite

on a le même regard
porté sur les mots,
la même hantise
des choses abstraites
qui filent entre les doigts
comme le sable
des dunes
migrantes

    

Friday, 21 May 2021

tout s'ouvre

elles viennent
à nous
ces heures
ouatées,
circonscrites
dans le silence
des glycines

tout s’ouvre
(par petits bouts)
sur la déclinaison
incessante
de l’ordinaire



Sunday, 9 May 2021

adam, ève

le septième jour,
leurs corps
fréquentent le bord
de la chute

leurs lèvres
entament
la texture
d’un murmure

ils ont
dans les yeux
les clefs fleuries 
d’un sourire



Friday, 7 May 2021

lamento

je me penche
à nouveau
sur l’aridité
indescriptible des mots

on s’alarme
et on se taquine

on respire à peine
ce monde obtus
qui se noie
dans la paix
d’une branche fleurie
qui balance ses pétales
au vent



Wednesday, 5 May 2021

la rime incertaine

on ne comprend
plus rien à rien
de la rime incertaine
qui n’a pas de passé

(égarés
dans les entrelacs
des lettres noires)

nous sommes
souvent ailleurs
dans le sourd 
entêtement de ces jours
sans lendemain



Tuesday, 4 May 2021

habanera

l’amour est un oiseau
qui épouse
les dentelles
de l’aube

il nous chante
tout bas
avec sa voix
d’inquiétude

son âme
se découvre
en tambourinant
(prends garde
à toi, prends garde
à toi)




Sunday, 25 April 2021

dialogue caché

tard dans l’après midi,
les nuages se reposent
sur les fils à haute tension

(on passe un à côté de l’autre
dans la fêlure émerveillée
d’un court moment)
je défends
avec assiduité
ce dialogue caché,
cette rotation intérieure

nous resterons
les héritiers infatigables
du rêve



Friday, 23 April 2021

seuls, ensemble

tu es toujours là,
dans le presque rien,
chassé du paradis
des mots

(seuls,
ensemble)
lésions de lumière
derrière le recul
languissant
du printemps



Saturday, 17 April 2021

nous

nous,
à l’orée de ces lisières
fleuries en désarroi

(notre maison
est le voyage)

nous,
tangentes aux mystères,
comme les gouttes
de pluie
qui cachent leurs échos
dans la tiédeur noire
de la terre




Saturday, 10 April 2021

le printemps

des tâches vertes
timides dans la forêt,
d’un geste machinal,
la vie se déclenche
au rythme
de sèves endormies

le printemps
nous embrasse
(détachement
infatigable
de toute
réminiscence)



Saturday, 3 April 2021

la dernière neige

j’ai mal au cœur,
comme les bêtes
blessées
par le printemps
arrivé trop tôt

laisse tout
tomber !
t’es venu
avec la dernière
neige,
avec la confusion
des saisons



Wednesday, 31 March 2021

la montagne

nous serons seuls
à chérir
cette petite montagne
pas plus haute
que l’ombre
des anémones

ce nombril
presque invisible
qui domine
la demeure blanche
des dieux

nous serons seuls
à gravir cette pente
précise
et surpasser
l’axe solitaire
du monde



Sunday, 28 March 2021

les rumeurs du printemps

nous partirons
de l’aube,
la musique
de nos pas
atténuera
le froid des nuits
perfides en mars

la lune est
une corolle
qui enfante
les rumeurs
du printemps
(sédiments
sur la ligne de vie)



Friday, 26 March 2021

ex nihilo

une montagne
s’est levée
devant nous

comme un déclic
dans le silence
des fleurs,
le printemps
sort de nulle part
avec ses averses
très probables

dans le brouillard,
un jeune oiseau
apprend à chanter



Sunday, 21 March 2021

tout commence

pourquoi la fin
alors que tout commence
tout simplement
avec cet hamamélis
rouge en fleur

le printemps
se répand
dans la paresse
des débris
qui nourrissent
à nouveau
les arbres



Sunday, 14 March 2021

è pericoloso sporgersi

tout commence
avec ce trait
de lumière,
ce train
sous le martèlement
de la pluie
en mars,
dans une gare
où seulement les fleurs
de cosmos
s’épanouissent,
danseuses flexibles
du vent



Saturday, 13 March 2021

anticipation

comment s'approcher
de la permanence
du cercle ?

le gong initial
des saisons
fait battre mon coeur
(lève-toi !)
sous le treillis
de nouvelles feuilles
la beauté me sourit
et ressaisit
mon âme désuète



Friday, 12 March 2021

les poèmes à haute voix

fin d’hiver,
ce vieux colporteur
de neige qui fond
et ruisselle

(plus rien à dire,
sinon les poèmes
à haute voix)

la rue, en mars, est
un brillant rayon
de miel



Sunday, 7 March 2021

la lune d'hiver

la lune d’hiver
glisse au fond
des miroirs
on ne s’approche
pas trop
de ses rayons
qui donnent vie
aux mirages
ternis de la nuit





Friday, 5 March 2021

l’amitié instable des mots

pas la peine
de comprendre
ce oui
inconditionnel
de l’amour

tant qu’on s’aime
on suit
la trace brillante
d’un escargot
et l’amitié
instable des mots



Saturday, 27 February 2021

le grand dégel

naïvement, j’attends
les missives
de ce printemps
à temps partiel

au dedans
de la pierre,
le e muet
de la pluie

au dessus
des arbres désarmés,
un pont des ailes
toutes nouvelles



Monday, 22 February 2021

les gardiens du printemps

il n’y a rien à craindre
ni le sel des mots
ni la mer qui roule
dans l’œil innocent
d’un poisson lune

nous voilà,
les gardiens
du vieux phare
(sans perdre le Nord)
ivres d’un élixir 
nouveau de printemps,
naufragés au cap
de Bonne Espérance



Saturday, 20 February 2021

juste écrire

juste écrire,
franchir le joyeux
brouhaha des jours
(avec d’infinies
précautions)
surmonter
un dilemme
à la fois

juste écrire,
trouver asile dans
la dichotomie
artificielle
des mots



Saturday, 13 February 2021

hibernation

le printemps
n’est jamais loin

j’écoute
en moi les chants
des arbres
en hibernation
avec leur écorce
érodée par le froid

ces arbres
sacro-saints
aux oiseaux pieux,
déboussolés
par notre désir
de s’approprier
les nuages



Sunday, 7 February 2021

exil hivernal

nous voilà, à nouveau
en plein exil
hivernal
dedans le blême
périmètre du bonheur
(on s’est déjà
trompé sur
l’idée fixe
du temps arrêté)

au printemps,
je ne connais pas
un meilleur endroit
que la mise-en-scène
des jardins
pour brider
le trop-plein
des pétales et
couleurs



Saturday, 30 January 2021

le S.O.S. des nuages

tout va bien,
les mots s’enfilent
dans une boucle
infinie sans en
avoir l’air

je passe mon temps
en lisant entre
les lignes
à haute tension
le muet S.O.S.
des nuages
qui s’amenuisent
lentement
dans le vent



Monday, 25 January 2021

porte-bonheur

ces derniers jours,
le temps se condense
dans des strates
de mystère
d’un ciel gris
hachuré par la pluie

et d’ailleurs c’est vrai
que la ville nous sourit
et nous fait un clin d’œil
avec ses flaques
porte-bonheur



Wednesday, 20 January 2021

la routine des vagues

on répète
les mêmes mots
pour apprendre
la haute intonation
des cris des goélands,
pour récupérer
la routine des vagues
qui ferment
depuis toujours
le grand œil
de la mer



Friday, 15 January 2021

lettre morte

dans la douce inflexion
de la neige
l'exigence sans relâche
de tes mots

lettre morte,
un feu somptueux
qui tient



Thursday, 7 January 2021

les facettes de la nuit

il y a toujours
une traversée
de silence
dans un regard
partagé

on est ici
pour approfondir
toutes les facettes
bleues de la nuit,
les souvenirs fugaces
d’un temps simple
qui se passe de mots




Friday, 1 January 2021

cette année

cette année,
ne prête pas l’oreille
aux lamentations
d’un siècle
impuissant

j’affronterai janvier
comme les tiges sèches
du rudbeckia sauvage

avril c’est juste
une pause
entre l’éclair
et le tonnerre

en juillet, le champ
des tournesols
sera mon horloge

et il serait merveilleux
de faire une halte
dans un éternel
septembre



Monday, 28 December 2020

quand

quand avons-nous
commencé
à placer nos
propres limites
dans l’aspiration
d'un avant-mot
et à sentir l’usure
des larmes
aigue-marines ?

quand avons-nous
commencé
à discerner
méticuleusement
la sourde énumération
de l’alphabet
de l’âme ?




Thursday, 24 December 2020

Ulysse

...et toutes ces années
pour oublier
le son distordu
des vagues
et décanter
ce désir lapidaire
dans les yeux
des Sirènes

tu pourras
ensuite défaire
la grave exactitude
des causes et
des effets
et retrouver les mots
qui collent au refuge
des îles



Sunday, 20 December 2020

tôt ou tard

fin de décembre,
les vitrines se reflètent
en mille fragments brillants
dans la neige salie
par les passants
pressés

tôt ou tard,
nous ne ferons plus
attention à la maladie
des sentiments
(remplis d’une joie
nouvelle)
on respire l’air
froid et humide,
en remontant
la même rue
en pente douce