j’ai tout laissé
dans la marge
de nos yeux
l’air calme
de l’aube
perce les volets
et tisse un voile
d’indulgence
(la tête ailleurs)
on goûte des confitures
la maison est là
où nous sommes
il m’était proche
le passage des couleurs,
le chemin de la tendresse
et l’écriture qui ouvre les yeux
le soir inondé
par les feux
irréversibles
de l’été
on marche
la poitrine
gonflée par
le parfum
des tilleuls,
nos ombres
collées
aux artères
en sens unique
de la ville
la rivière
zigzague
pleine de hâte
sous les couvertures
omniprésentes
du soleil
fruit noir
sans retenue,
humble chantier
de l’été
ça prend
tout un inventaire
des éternités
alignées
à l’ombre verte
des jardins
et puis après,
le timbre de ta voix
qui remet en ordre
l’asymétrie furtive
des pivoines
lune
(halo effiloché)
totem mirobolant
sous le fouillis
de la neige
il y a ces moments
qui nous guérissent
de l’envie de faire
toujours autre chose
(nos cœurs trépignent
d’impatience, figés
dans un futur
antérieur)
et sitôt
qu’on s’éloigne
des nuances tactiles
de la lumière,
le poème
se tient debout
tout seul,
les épaules en avant
comme la proue
des navires
la mer respire,
son souffle intime
chargé
des embruns,
sa chaleur tellurique
sur le sable ridé
de la marée basse
l’air imprégné
de cette pâleur dense,
c’était comme si
l’univers entier
était venu au baptême
des fleurs
(fruits naïfs déjà
à leur insu)
c’est une recherche
des liens
qui palpitent
dans une litanie
saccadée,
le présent
(aux grandes ailes)
s’insinue
dans l’agitation
accueillante
des mots
il neige
au mois de mai,
sous un grand soleil
écorché
parcelle
d'un quotidien
artificiellement aboli,
aujourd’hui s’achève
avec la grâce
de vos mots
ce matin
j’ai acheté des fleurs,
des orchidées
en couleur de la ville
(rouge sur fond blanc)
les tic-tacs
se promènent
dans l’espace du rêve
et du réveil
(les objets ont perdu
leur poids)
les arbres
ne dorment
jamais
leur frondaison
survivra aux caprices
alambiqués
de cet insubmersible
demain
on a mis de côté
les bottes lourdes et
les manteaux d'hiver
(maintenant
on attend les fleurs)
nous allons gaspiller
le safran
et la menthe odorante
dans nos bras
d’intempérance,
les jours se lézardent
en variations
sérieuses
c’était encore
la saison
des jardins fermés
le soleil joue
à cache-cache
derrière
l’effondrement
blanc, cadencé
des magnolias
je ne compte pas
ces jours
en débandade,
on attend
les nuits clémentes
de mai
elle est de
ce monde,
cette armada
des mots
qui déambulent
sur une terre
incertaine
pour désapprendre
à marcher
rien n’est
jamais pareil,
sinon ce peu
de couleur
et l’indissoluble lien
qui nous ressemble
et voilà,
qu’on attend toujours
la germination
importune
des mots
ils circulent
sur la terre noire,
perméable
comme les chenilles
dociles
en file indienne,
en hexamètres
évanescents
fin d’avril,
il n’y a rien
qui s'oppose
à ce printemps
insoumis
(irréconciliable syncope)
viens, je t’emmène
dans l’ombre camouflée
des algue sensuelles,
au ventre chaud
de la baleine
...et c'était
comme on pouvait
entendre
le clair écoulement
des oiseaux
en traversant la distance
amère des étoiles
il suffirait de trouver
quelques similitudes
entrelacées
dans un espace
sans temps,
une parenthèse
toujours ouverte
à l’épicentre
de l’enfance,
chaque instant
conserve
l’efflorescence
d’un nouveau trajet
on mesure
les distances
par l’outrage
de l’attente
il faut perdre
l’habitude
de déconstruire
les distances
(je m’évade
dans ma chambre,
ma coquille)
j’ai renoué
avec la tendresse
atemporelle du sable,
le déferlement
ininterrompu
des vagues
quel temps fait-il?
rien n’a changé
(je divague)
si vite on s’habitue
à ce printemps
expulsé du calendrier
des abeilles
à moitié gris,
à moitié rose,
le soir secoue
ses dernières lueurs
sur les échines aplaties
des nuages
derrière l’éclosion
exorbitante
des plaines,
la brume se lève
en arabesques
de fumée
(hébétée
par le soleil)
la forêt balance
ses jupons
de chlorophylle
dehors
le printemps
n’est déjà
qu’un vol fendu
des étourneaux,
un frisson de pluie
qui se consume
sur la courbe
diffuse
des collines
c’est vers toi
que je retourne
toujours,
lorsque les papillons
de nuit
font cercle
autour de la promesse
trépidante
de la lumière
la nuit se morcelle
dans les mailles
factices
de nos souvenirs
inutile de
déconstruire
la fraîcheur
indélébile
d’une robe
dans la lisse traversée
de l’air du matin
si j’oublie ton nom,
il restera toutes
ces phrases
laconiques
(des mots volatils
dans l’usure des ailes)
aujourd’hui,
c’est la plus belle journée
de ce mars furibond
qui file à sa perte
c’est parce que
je travaille
dans les coulisses
de l’invisible
je me souviens
presque chaque mot
contredit par
le froncement
de tes sourcils
descendre
(sans y penser)
à la machine
à saccager
les souvenirs
laisse-moi
entrer
dans l’au-delà
de ton regard
qui distille
la mer houleuse,
plus loin que
le barrage
gigantesque
de la Voie lactée,
dans cette région
anéantie
par la modulation
silencieuse
de la neige
hier, nous étions
à la périphérie immuable
de la parole
(il y avait de longs moments
de cassure)
tes yeux capitulent
devant l’austérité
effeuillée de l’hiver
fais-moi signe
(éclat fragile
de la mousse verte)
pour affronter
le vaste sanctuaire
de l’hiver hostile,
pour regagner
son cocon essentiel
de silence
nous avons connu
ces lunes fendues
par la détresse
des orages,
l’envie de départ
s’ouvre sur la mer
au large, une barque
mythique,
insulaire
(regarde-moi)
dépouillé de toute
mathématique,
tu plonges
entre les failles
suppliantes
des miroirs
où tous les matins
pagayeurs
vont s’éteindre
je suis le magicien
légitime
de cette débâcle
salvatrice
(je n’ose rien)
l’univers a gravé
son visage
dans le murmure
d’un autre ordre
c’est pourquoi
je m’attache
à ce fardeau
oisif, printanier
à la feinte
agonie des nuits
flâneuses
crions aux quatre
vents
enfant gâté
de l’aurore,
troubadour
de la désespérance
la lune glisse
au bout de
tes doigts
le vent
de l'ouest attise
la calligraphie
instable
de la neige
(seulement
ta voix)
pour attendrir
la démarche
subtile
de nos évidences
fuyantes
we must wait for daylight
pegged to your wing
we are in love
with the same words
(losing you
is out of the question)
pull your shoulders back,
like a dancer
la distance
se frotte les yeux
(je ne veux rien
savoir de toi)
temple dénudé,
greffé sur
cet ensemble
fini des règles
j'ai mon jardin
d'hiver
et la fraîcheur
illimitée
des racines
cette nuit,
il neige
(comme à la
naissance
des étoiles)
des flocons
lourds et rares
qui tombent
à la cadence
des années-lumière
au matin,
la ville sera
un chaos
de cristaux épurés
la ville s’adoucit
dans la fine
opacité
de la neige
(demi-lunes
en symbiose
étanche)
notre mémoire
reste attachée
à la lumière
insomniaque
des murailles
au début
c’était l’idée
de l’amour
je t'ai rhabillé
soigneusement
avec le souffle
berçant du vent
qui ranime le linge
blanc transparent
certains jours,
l'ici est une ébauche
intraduisible
d'un ailleurs
nébuleux exaltant
on s’approche
de la neige
délesté
de tout théorème
d’aller-retour
(come gli angeli
della Sapienza)
douce annihilation
dans ce maelström
intransigeant
informe
sous le diaphragme du ciel,
le jardinier ambulant
des nuages
absorbée
par la neige
qui tarde
de tomber,
je ressens
l’implosion
oblique
du paysage
(ne pars pas
sans moi)
avec ses pattes
allègres,
une araignée
tâtonne
la lumière
de janvier
en filigrane
on y est, ébahis
par le sanctuaire
distant
du crépuscule
les ramures
s’esquivent
à la texture
improbable
des collines
une étoile de mer
(amulette solitaire)
ton contour fragile
toujours renouvelé
dans l'eau salée
des miroirs
je me suis
enivrée de toi,
cerf-volant
en grands cercles
concentriques
qui s’étendent
comme les ailes
du brouillard
tu vois le poème,
cette chute
qui habite
la cendre
féconde
de la lune
de temps en temps
nous côtoyons
la terre ferme,
corollaire
du chemin
de silence
infime promesse
dissociée
des hiéroglyphes
austères
de givre
l’hiver
(sans borne)
se bouscule
ostensiblement
dans le paysage
épuré par
l’ardente
fragilité
de la neige