Monday, 17 June 2019

ton passage

ton passage
sera somptueux,
comme la discrète
pression
de la vapeur

(incognito,
dans un pays
peu voyagé)

on embrasse
les semelles
du rêve,
dresseurs
des silences



Wednesday, 12 June 2019

séparation

je contemple
les mots
dépourvus
de tous feux
d’artifices
tu m’apprends
leur racine carrée
allongés
sur les galets
bruns et gris,
mes os s’érigent
en humbles disciples
des nuages


Saturday, 8 June 2019

pèlerins de l’orage

l’été laisse
dépérir
sa torpeur
au seuil
de la porte,
ton front
changeant
sur quelques rimes
impaires
(fruits d’une
autre rive)
pèlerins
de l’orage


Wednesday, 5 June 2019

peu importe

on oublie
un moment
la césure,
les mains vides
seuls comptent
la simplicité
et le trésor caché
dans l’oscillation
de la pierre
(peu importe
la fatigue)
nous sommes
le double
d’un ange
déchu


Friday, 31 May 2019

la mer

on a tant regardé
la mer
affamés de sa force,
égaux à nous-mêmes

je garde pour moi,
le poème
qui hisse la voile
par-dessus
le tango
tourbillonnant
des vagues

Tuesday, 28 May 2019

liens invisibles

c'est où
la frontière
entre les cyclones
clandestins
de l’été ?

j’efface les traces
de tout passage
et je te cache
au-dedans
des signes vitaux,
dans le centre
très doux
des raisins noirs



Saturday, 25 May 2019

la voix des amoureux

il n’y a pas
de raison
pour ce vacarme
impardonnable
(axiome d’innocence)
la voix des amoureux
qui s’éloignent
en écorchant
le sens de la tendre
voyelle,
demi-dieux, ils sont
éternellement
solitaires



Sunday, 19 May 2019

l'engrenage du rêve

ces jours
sont partis,
tu te rappelles
à peine le mantra
des eaux
stagnantes
et l’engrenage
copié-collé
du rêve

donne-moi
le vert clair
et la peau suave
des feuilles
avec leurs
dents de lumière



Sunday, 12 May 2019

rêve unique

il vient de toi
ce rêve unique,
la plus rare
hypocrisie
des formes

le moment vrai
qui nous épargne
de la morsure
d'ancre
au fond des mers
infranchissables


Wednesday, 8 May 2019

mai

les arbres
viennent de sortir
leurs feuilles nouvelles
(réjouis-toi !
âme sans repos)
pour alléger
le poids des pétales,
je te pousse
vers les étoiles livides
et je te tire
de la sarabande
de nos mots collés,
indivisibles 


Tuesday, 30 April 2019

chaque regard

seuls les papillons
dans la forêt
nue, le ruisseau
sinueux mord
les racines
des saules
pleureurs

tes yeux secrètement
parsèment
des lunes
surexposées
vagabondes
(chaque regard
est une séparation)


Sunday, 14 April 2019

on a vu la nuit

on a vu la nuit
offerte aux courants
contraires
quand les feuilles
empruntent les couleurs
de la terre,
quand les langues
des anges
s'affolent et
persévèrent synchrones
ce moment même,
les paroles
m'appartiennent
figées,
recommencées



Monday, 1 April 2019

tes mots

sur les allées
du vieux parc

les branches sont
à l’écoute du temps
et le pavé est ivre
de vols
des colombes
qui viennent d’atterrir
à nos pieds

tes mots, blancs
émissaires d’attente
et de floraison



Sunday, 31 March 2019

la gelée

chaque printemps
j’ai peur pour
les bourgeons
arrivés trop tôt,
surpris par la double

gelée des nuits

tu me dis, les mots
se meurent aussi, noyés
par les cumulonimbus
alourdis et dissous
dans le gris



Friday, 29 March 2019

définition

un fil tendu
(contre l’expansion
inguérissable
du non-retour)
pour éluder
la syntaxe
hallucinante
de nos langues
cousues


Saturday, 23 March 2019

l’existence des mots

l’existence des mots
fait son lit
aux portes
d’alpha et oméga

et moi, je prie
pour l’amour
des mains aveugles,
pour le serpent,
indubitable
exacerbation
de la bouche
qui dévore


art by ivica podnar

Tuesday, 19 March 2019

le premier chant d'oiseau

un jour, il arrive
qu'on tombe amoureux
du premier chant
d’oiseaux
malgré les caresses
vitreuses de la neige
(semences jumelles)
derrière les masques
liquéfiés de l’hiver



Monday, 18 March 2019

il faisait la fête

la pureté
submergée
des champs violets
s’ouvre dans
ma mémoire

il faisait la fête
sous les guirlandes
de lumière
d’un autre temps

le vent vient
juste de s’apaiser,
otage ahuri
des orties
mélodieuses 


Saturday, 2 March 2019

λόγος

alors, lis pour moi !
l’irrésistible pulsation
des voyelles,
la phrase pliée
aux orbites
des comètes


lis pour moi
jusqu'au lever du soleil
quand la lumière
devient plus réelle
que l’eau salée
de l’oubli



Sunday, 24 February 2019

l'axe du monde

ils voyagent
vers l’axe du monde
au bord d’une
montgolfière

ils frôlent
l’alphabet sidéral
(enveloppés d’une
métaphore)

ils avalent
leur peur
calmes,
entièrement
méconnaissables



Monday, 18 February 2019

il est de l'air

il est de l’air,
il rit et il pleure
dans les entrailles
miraculeuses
du silence

le poème,
douce agitation
d’un vol
défeuillé



Monday, 11 February 2019

l'oiseau endormi

(a war goes on
between us)

j’additionne
la survie
avec les racines
de l’habitude,
et l’archange
du désir
avec l’effroi
insondable
des miroirs

je cours
à la rencontre
d’un oiseau endormi



Wednesday, 6 February 2019

la rive

la rive,
toujours à naître
dans la marge
d’un ciel bas

je vous porte
dans la somme
indispensable
des mots
(il y a tant
de choses à dire)

vos gestes
dominent le rythme
sourd de la pluie,
offrande brûlante
d’arrière-saison


Saturday, 2 February 2019

bientôt février

derrière les vitres
gelées
nos visages
ardents
bientôt février
se dépouillera
de sa géométrie
blanchâtre


Tuesday, 29 January 2019

sentier blanc

une lente gradation
des couleurs
qui explosent
dans la masse
inerte des mots
(mélange
de neige
et de lumière)
le poème
sentier blanc,
très haut


Friday, 25 January 2019

je commence

je commence avec les mots
(ni vrais, ni faux)
j’embrasse tes yeux
les pas perdus,
le passé
pour diminuer
la distance
la nature abstraite
des choses


Monday, 14 January 2019

rocher

je suis 
rocher
arrondi, 
noir-argenté 
(dans la poche 
d’un petit garçon)
respirant à peine 
sous la pression 
de ses doigts, 
(patience
d’un angle parfait)
en vol rasant 
sur la surface 
menteuse 
de tes rêves 


Sunday, 13 January 2019

catharsis

(tout devrait être
très simple)
assis au fond du jardin
parmi l’hibiscus et le romarin
(on va se reconnaître)
envoûtés par un ultime
fractionnement
de lumière,
dans les clameurs
du soleil couchant



Friday, 11 January 2019

à moi seule

vous me poussez
en avant
vers cette absence
d’horizon
(à moi seule)
la floraison
contradictoire
de vos mains
et les saveurs
des oranges
trop mûres



Sunday, 6 January 2019

chaque rupture

j’aurais voulu garder
l’infime éclatement
de la rivière,
la haute voltige
des hirondelles

(chaque rupture
engendre
une étoile filante)
je me couche en toi,
témoin d’un dernier
rempart de l’espace


Tuesday, 1 January 2019

Ithaque

je t’ai trouvée
banquise du feu vert
éreintée par
de longs baisers
dans un autre temps
déjà conquis
nous allons vers
la face cachée
de l’aube





Sunday, 30 December 2018

les cernes des ormes

il y a 
tous ces départs 
qui augmentent 
en nous 
(comme les cernes 
des ormes)
ils continueront 
leur labeur
en plein vertige 
des mystères 
solaires 


Friday, 28 December 2018

seuls les mots

nous avons goûté 
au subterfuge 
des vagues 
pour franchir 
l'étrangeté d’un temps
innommé,
(seuls les mots)
pour embrasser 
la lumière filtrée 
à la pointe
de tes cils  


Wednesday, 26 December 2018

au jardin des noyers

au jardin des noyers, 
parmi les amarantes 
sommeillantes
(abandon
du sens)
les cris curieux 
des aigrettes 


Monday, 24 December 2018

Icarus

c’est le désir 
irrépressible 
qui me pousse 
doucement 
pour avancer 
dans ce labyrinthe 
au gré des nuits 
blanches 
je suis le scribe 
(sans artifice)
du même amour,
du même élan 
déjà promis 
au soleil 


Saturday, 22 December 2018

le joueur de l’âme

mais qu’il est beau
le joueur de l’âme 
(marchand
des rêves)
il fait des promesses
imprévisibles
comme les traces rondes 
de la pluie évanouie 
dans le sable




amare [] scribere

je continue
à désinventer
cette fiction subtile
lorsque le temps
tremble
avec une douce
peur
et que l’on s’aperçoit
qu’on n’appartient plus
à soi-même



Friday, 21 December 2018

(ohne Worte)

les arbres
en décembre,
le vent lèche
leur écorce 
noire de pluie 
(corps de tendresse 
et d’inquiétude)
il faudrait
que tu devines 
les mots jamais dits 
(signes incrédules)
à la dérive vers 
les nuits tièdes 
du printemps 


Monday, 17 December 2018

deux regards

deux regards 
aux antipodes 
du silence 
(derrière ce mur 
transparent)
incendie de l’âme
point fixe,
l’amour est un dieu
unidimensionnel 


Sunday, 16 December 2018

nul pays

nul pays autre 
que la métamorphose 
(tu me diras :
ce ne sont que des mots)
pour apprendre à être 
consubstance, 
débris d’un temps 
disloqué 
qui vibre 
sur la rétine 


Thursday, 29 November 2018

les filets des mots

tu ne sauras pas
(l’angoisse 
d’un sorcier 
malhabile)

tout repose
dans les filets 
vacillants 
des mots,
dans l’hérésie 
de l’entre-écrire 


Sunday, 25 November 2018

on danse

pendant que
la mer transporte 
la brise bavarde 

on danse 
(sur la pointe des pieds)
comme pour approximer
les mots
et ralentir
les distances


Thursday, 15 November 2018

il se fait tard

il se fait tard,
je retrouve 
tes mots
sur un bout
de papier lisse

arrachés à l’absence,
on n’a rien à voir 
avec l’autre rive
mince fil
de rêve
dans le mouvement 
des dunes


Saturday, 10 November 2018

permanence

tu es permanence
sentier 
agenouillé 
au zénith, 
vol des oies sauvages 
au dessus 
le monde
sans voix


Wednesday, 7 November 2018

novembre

le vent froid
de novembre 
coupe l’haleine 
des arbres

(pour comprendre les distances)

on garde en nous 
le va-et-vient 
des oiseaux 
et les feuilles
à l’orée des nuages


Saturday, 27 October 2018

una sola palabra

recuerdo  
tus ojos
y una sola palabra 
más pura que
la flor soñolienta
de agua


Sunday, 14 October 2018

octobre

adossée 
au bruissement 
des vignes, 
la lune ondulée 
est au pressoir
d’octobre 


Sunday, 7 October 2018

l’œil de l’hiver

derrière des traînées 
d’oiseaux noirs,
sous les étoffes 
en jaune saturé
(serre-moi fort)
avant que l’œil 
affamé de l’hiver 
ne se referme sur 
la double vie 
des arbres


Friday, 21 September 2018

équinoxe II

suis-moi
pour un instant 
(rêve suspendu)
tant que souffle 
le vent qui change 
les saisons 
et nous détourne 
vers les figues 
à la chair de juillet 


Saturday, 15 September 2018

balade

des pommes rouges 
par terre 
(fracture d’un vol
qui s’abîme en douceur)

ivresse
d’une fleur 
que nous n’avons jamais
vue s’épanouir